Retour sur Woman at War, premier ciné-débat de l’Arcadia Film Festival 2021

« L’ÉMANCIPATION DE LA NATURE N’A PAS ENCORE EU LIEU »

Échanges entre Solène Ducretot – Les Engraineuses, Sarah Durieux – Change.org, Marine Calmet – Wild Legal et Alexia Meynier – The Shifters

Comprendre la crise écologique que nous traversons, son impact sur les Hommes et l’Environnement et explorer les solutions qui s’ouvrent à nous est un enjeu essentiel dans la lutte contre le réchauffement climatique. Arcadia tente d’y répondre chaque année au travers de son festival de films socio-environnementaux.  

En s’appuyant sur la puissance du cinéma, Arcadia Film Festival souhaite informer, sensibiliser et mobiliser le grand public face à l’urgence climatique.  

Cette année, en partenariat avec La 25e Heure, nous vous proposions une édition 100% virtuelle du festival que nous organisons habituellement en salles réelles dans toute la France. 

Une sélection de 8 films à la fois inspirants et impactants, traitant de problématiques variées liées à la crise climatique : éco-féminisme, désobéissance civile, végétarisme, migrations, consommation responsable, condition ouvrière dans l’industrie textile… 

Chaque projection était suivie d’échanges passionnants entre expert-e-s des questions sociales et environnementales abordées dans les films. 

Focus sur Woman at War

Parmi la programmation 2021, Woman at Warun film réalisé par Benedikt Erlingsson, avec Halldora Geirhardsdottir et Jóhann Sigurðarson. Dans cette fiction, Halla, la cinquantaine, déclare la guerre à l’industrie locale de l’aluminium et prend tous les risques pour protéger les Hautes Terres d’Islande. Mais sa situation change avec l’arrivée inattendue d’une petite orpheline dans sa vie. 

Ce film à la fois drôle et émouvant met en scène un personnage féminin fort et déterminé, qui a inspiré des échanges passionnants entre Solène Ducretot, journaliste et co-fondatrice du Collectif les Engraineuses, Sarah Durieux, directrice de Change.org France, Marine Calmet, juriste et présidente de Wild Legal et Alexia Meynier, coordinatrice chez The Shifters. 

Pour Solène Ducretot, Halla est bel et bien une éco-féministe. Halla est une femme puissante mais dans un rôle d’anti-héroïne. Son personnage de Madame tout le monde qui devient une héroïne de la protection de la nature déconstruit totalement l’image de la guerrière amazone. 

Woman at War soulève un certain nombre de questions autour de la sororité, de la maternité et de la place de la femme dans l’espace public.  

Selon Sarah Durieux, « ne pas voir de femmes dans l’espace publique questionner les choses produit un sentiment d’illégitimité de la part des femmes. C’est également vrai pour les minorités. » 

Elle relève également une facette importante du personnage de Halla dans son combat pour protéger l’environnement : « Elle a une connexion très forte à la nature et elle a envie d’agir. Et pour cela, elle commence près de chez elle. Parce que c’est plus efficace, et que c’est plus facile d’influencer les responsables politiques localement. Et de cette manière, on crée une forme de jurisprudence d’activisme, on montre que c’est possible. Et on arrive à ce qu’un moment il y ait tellement de campagnes locales qui fonctionnent, que ça déclenche des choses au niveau national. »  

C’est un des grands enseignements de ce film : la première chose à faire lorsqu’un sujet nous tient à cœur : réfléchir à ce que l’on peut faire dans son quartier, dans sa commune, dans sa région. Comment peut-on agir et faire bouger les choses à son échelle ?  

Le militantisme de Halla finit par la faire basculer dans l’illégalité. Le film nous interroge sur cette limite, qui est finalement assez fine, entre ce qui est légalement acceptable et ce qui est moralement indispensable.  

Chaque mobilisation citoyenne implique une réflexion stratégique. Lorsque l’on souhaite porter un sujet de société, gagner une campagne, il faut convaincre le plus grand nombre et ainsi obtenir le soutien populaire. Halla perd ce soutien populaire lorsqu’elle bascule dans l’action violente. 

Marine Calmet de Wild Legal France déplore le fait qu’après des siècles de combats pour l’émancipation de populations opprimées et l’émancipation des femmes, l’émancipation de la nature n’a elle non plus pas encore eu lieu. Selon elle, pour lutter en faveur de cette émancipation de la nature, « toutes les injonctions du quotidien ne sont pas grand-chose face aux grands pollueurs. » Le problème étant qu’aujourd’hui « les lois ne sont plus compatibles avec les objectifs de justice et d’équité. Heureusement les jeunes générations savent que ces principes sont en danger et font tout pour lutter contre. »  

Pour aller plus loin sur le sujet…

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